Analyse : Géopolitique des conflits en 2026
- Source geneva-institute.com
- Date : 2026-02-17
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Chaque année, le nombre de conflits armés dans le monde ne cesse d’augmenter, et 2025 ne fait pas exception. Selon l’ONU, la planète a même connu en 2025 le nombre le plus élevé de guerres depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Plus de 130 conflits armés ont été recensés partout dans le monde, d'après les derniers rapports du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et de l'Institut de recherche sur la paix d'Oslo. C’est plus du double qu'il y a 15 ans. Près d’une cinquantaine de ces conflits se déroulent sur le continent africain, toujours selon le CICR. Et plus d'une vingtaine dans le monde durent depuis plus de deux décennies.
Au cours de l’année écoulée, les combats se sont poursuivis en Ukraine, au Soudan, au Myanmar et au Sahel, tandis qu’en Haïti, des gangs rivaux se livraient à des guerres de territoire. La guerre à Gaza a marqué le pas, mais seulement après qu’Israël, ayant repris son offensive en mars, eut rasé une grande partie de ce qui subsistait de l’enclave. Israël et l’Iran ont échangé des frappes, et les Etats-Unis ont fini par s’en mêler. La Thaïlande et le Cambodge se sont affrontés le long de leur frontière contestée. Des affrontements ont également opposé l’Afghanistan et le Pakistan. Un échange de tirs entre l’Inde et le Pakistan a porté les tensions à un niveau inédit depuis plusieurs décennies. Enfin, par le truchement de forces rebelles alliées, le président rwandais Paul Kagame a, de fait, annexé les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo.
Le déferlement de violences qui a marqué l’année 2025 et qui, comme le met en lumière la présente liste, devrait se prolonger en 2026 .
À quoi faut-il s’attendre en 2026 ?
Voici une sélection des conflits - actuels et potentiels - à surveiller au cours de l’année 2026.
Ukraine :
La fréquence des réunions entre le président Zelensky et ses alliés occidentaux s’accélèrent. Les échanges entre président américain et russe se poursuivent. Mais, les drones et missiles lancés de Russie continuent toujours de tomber en nombre sur la population civile ukrainienne, rendant la vie toujours plus difficile. Une rencontre, le 28 décembre, entre les présidents, américain et ukrainien, et leur état-major, a permis d’affiner le projet d’accord en particulier les garanties américaines de sécurité, post-conflit. Mais le ministre russe des affaires étrangères a annoncé, dès le lendemain, que l’Ukraine avait lancé une attaque de 90 drones contre une résidence du président, probablement destiné à retarder le cours des négociations, et à justifier le durcissement des positions russes. Les premières réactions du président américain donnent crédit au récit russe, tactique délibéré pour garder ouvert, à tout prix, le canal de communication avec le Kremlin. Les européens de leurs coté, s’activent à soutenir l’Ukraine à travers la constitution d’une coalition des volontaires chargé de négocier les garanties de sécurité pour l’Ukraine et la constitution d’une force multinationale en cas de cessez-le-feu avec Moscou.. Même si ce conflit se dirige vers un très souhaitable cessez-le-feu, le bouillonnement mondial autour de l’Ukraine ne devrait pas cesser.
Proche et Moyen-Orient :
Gaza : La phase 2 des accords de cessez-le-feu à Gaza n’a pas débuté. Le désarmement du Hamas s’avère plus difficile que prévu. Les dirigeants du mouvement viennent d’affirmer leur opposition à un tel processus. Un bras de fer risque donc de s’engager, retardant la mise en place d’une nouvelle gouvernance du territoire, et les perspectives de reconstruction.
Liban : Au Liban, Israël est confronté aux mêmes difficultés de désarmement avec la milice Hezbollah. Les Etats-Unis poussent aussi très fortement au déroulement rapide de la démilitarisation de ce mouvement. L’armée libanaise dispose de moyens limités, et fait face à un jeu politique intérieur. Washington considère que le gouvernement à Beyrouth accorde une priorité insuffisante à ce programme. Il a d’ailleurs montré sa mauvaise humeur, récemment, en annulant au dernier moment une visite à Washington du chef d’Etat-Major de l’armée libanaise. Cette situation laisse la possibilité à Israël de continuer à mener des frappes sur toutes les infrastructures militaires du Hezbollah que Tsahal souhaite voir détruites. La poursuite de ces bombardements alors qu’un accord de cessez-le-feu est en place depuis fin 2024, ne constitue pas une situation tenable dans le temps. Elle pourrait conduire à une reprise plus large des combats.
Iran : Le régime de Téhéran sort très affaibli de l’année 2025. La disparition de son allié Syrien, le profond affaiblissement du Hezbollah au Liban, et la forte réduction des capacités du Hamas, constituent un démantèlement de sa politique de domination régionale. Les Gardiens de la Révolution sont les grands perdants de ce repli. Il s’y ajoute leur incapacité à mener des frappes destructrices sur Israël, et à empêcher les bombardements israélien et américain sur les installations nucléaires iraniennes. Les trois piliers du régime, les Gardiens et les programmes de missiles, l’influence régionale de l’Irak au Liban, et la stratégie nucléaire, ont ainsi été profondément mis à mal en 2025. Le régime est donc en échec dans les trois orientations qu’il a mis en place depuis 1979. Ces choix militaires très coûteux, associés à la baisse des revenus pétroliers, à laquelle s’ajoute la corruption généralisée, expliquent le délitement de l’économie iranienne et la vertigineuse baisse de la monnaie depuis 1979. Les manifestations au Bazar de Téhéran le 28 décembre, sur fond de crise financières, associées aux grèves sectorielles et aux coupures d’eau et d’électricité, vont-elles s’élargir aux grandes villes, puis au reste du pays ? La crise politique s’exprime par les querelles entre factions politiques au parlement, et les discours totalement déconnectés de la réalité, prononcés par le guide suprême. Malgré les sanglantes répressions judiciaires, le régime et la population sont au bord de l’affrontement.
Afrique :
Les foyens de tensions concernent à la fois l’ouest africain, le Sahel, et la partie centre-est du continent (RDC, Rwanda, Soudan, Somalie). Si les événements s’y déroulent à plus bas bruit, il ne s’y déroule pas moins « un grand jeu » dont les puissances mondiales principales ne sont pas absentes. Chine, Russie, Etats-Unis, voient croître leur présence et leurs infrastructures militaires, ou leur recherche d’infrastructures. Dans une autre catégorie de puissances, Turquie, EAU, Iran, et Arabie Saoudite y jouent aussi leur partition.
Bien que le continent africain soit un partenaire humain et économique important pour l’Europe, cette dernière à l’image du repli français actuel, n’y joue pas le rôle que sa proximité et ses intérêts lui dicteraient de jouer.
Les incertitudes sont hélas, ici aussi, nombreuses. Elles concernent aussi bien les conflits à haut bruit, entre RDC et Rwanda et celui à l’intérieur du Soudan, que les mouvements djihadistes agissant à plus bas bruit, dans le Sahel et au Nigéria. Les frappes récentes et importantes menées par les Etats-Unis au Nigéria constituent un fait important et nouveau. Elles ne pourront pas supprimer l’existence des mouvements affiliés à l’Etats Islamique, mais elles vont les affaiblir et réduire leur capacité d’action pour une partie de cette année.
Une inconnue importante concerne l’évolution de la situation politico économique autour de Bamako, capitale du Mali. L’étau économique que le mouvement de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) a développé ces derniers mois autour de la ville aboutira-t-il à la chute de la junte au pouvoir, ou sera-t-il utilisé à des fins de négociations en position de force ? La réponse à cette alternative est très importante car elle impacte à la fois, l’avenir du Mali, l’implication des forces russes dans le pays, et le devenir des deux voisins, Burkina Faso et Niger.
Asie-Pacifique :
Corée du Nord : La Corée du Nord apparaît comme le premier foyer de tension. Il convient de rappeler que la partition coréenne (initialement temporaire) est née en Février 1945 à Yalta, par la volonté soviétique de ne pas laisser l’armée américaine se déployer dans la totalité de la péninsule coréenne pour y désarmer l’armée japonaise qui s’y trouvait depuis 1910. Washington de son côté ne souhaitait pas que pour cette opération, l’armée soviétique prenne le contrôle de toute la péninsule coréenne. La Corée du Nord, née dans le giron de l’URSS, et alimentée par la Chine (1er client, et 1er fournisseur) n’agit donc que dans l’intérêt de l’un, ou de ses deux parrains. Destinée à empêcher la réunification, sa dotation nucléaire a été facilitée par ses parrains. Elle exerce une pression militaire supplémentaire, sur ses voisins non nucléaires, Corée du Sud et Japon.
Chine-Japon : La Chine est en conflit avec le Japon concernant la souveraineté sur des îles Senkaku actuellement japonaises. En mer de Chine méridionale, Pékin refuse les délimitations maritimes concernant les îles Paracels, impliquant le Vietnam, et les îles Spratleys impliquant principalement les Philippines, mais aussi la Malaisie. Enfin, la revendication principale concerne naturellement Taïwan. Les déclarations très énergiques de Sanae Takaichi, récente Première Ministre du Japon, au sujet du statut de Taïwan, ont élevé le niveau de tension avec le gouvernement chinois. Les opérations militaires aériennes et navales de l’Armée populaire n’ont jamais été aussi nombreuses, et proches des limites des zones maritimes. Le Japon vient de hisser son budget militaire 2026 à 50 milliards d’euros, donc au niveau de celui de la France. Elle dispose grâce à la combinaison astucieuse d’emploi de navires type porte-hélicoptères et du F-35 américain, à décollage et atterrissage vertical, de deux véritables (petits) porte-avions. Les porte-avions classiques, moyens de projection de forces, donc offensifs, ne lui sont pas accessibles dans le cadre de sa Constitution et donc de sa doctrine militaire. Tokyo dispose néanmoins, grâce à ses deux navires, d’une capacité militaire marine et aérienne, pour sécuriser ses îles, contestées par la Chine.
Taïwan : D’un point de vue stratégique, la probabilité d’une intervention militaire chinoise à grande échelle contre l’île, doit être considérée comme très faible. Un tel conflit aurait un impact immédiat sur le commerce mondial de Pékin avec tous les pays occidentaux. Or l’exportation dans ces mêmes pays est cruciale pour son économie, et encore plus depuis la très faible croissance de son marché intérieur. Conquérir un territoire abritant 25 millions de personnes, avec 160km de détroit maritime à traverser, face à une opposition occidentale, serait très complexe et coûteux. Pékin privilégiera la continuité d’une pression militaire associée à une action d’influence intérieure.
Par ATBANESamir-Chercheur universitaire.
