L’Afrique et le rapport 2025 de Transparency International sur l’indice de corruption : urgence d’améliorer la gouvernance

Transparency International vient de publier le 10 février 2026, son nouvel Indice de perception de la corruption, qui évalue le niveau perçu de corruption dans le secteur public de 180 pays. Depuis sa création en 1995, l’Indice de perception de la corruption est devenu le principal indicateur de la corruption dans le secteur public au niveau mondial. Il classe 180 pays et territoires du monde entier en fonction de la perception de la corruption dans le secteur public, à l’aide de données provenant de 13 sources externes dont la Banque mondiale, le Forum économique mondial, des sociétés privées de conseil et de gestion des risques, des groupes de réflexion, et d’autres sources. Les scores attribués reflètent les points de vue d’experts et de personnalités du monde des affaires. Selon cette institution, internationale, un score plus proche de 0 correspond à plus de corruption, un score plus proche de 100 à moins de corruption et une note inférieure à 3 signifie l’existence d’un « haut niveau de corruption, entre 3 et 4 un niveau de corruption élevé.

Les données sources de l’IPC saisissent les aspects suivants de la corruption, en fonction de la formulation de la question spécifique utilisée pour recueillir les données : les pots-de-vin ; le détournement de fonds publics ; la prévalence de fonctionnaires utilisant la fonction publique à des fins privées sans subir de conséquences ; la  capacité des gouvernements à endiguer la corruption et à appliquer des mécanismes d’intégrité efficaces dans le secteur public ; les formalités administratives et les contraintes bureaucratiques excessives qui peuvent accroître les opportunités de corruption ;  les nominations basées sur le népotisme plutôt que sur la méritocratie dans la fonction publique et  des  lois inadéquates ou inappliquées sur la divulgation financière et la prévention des conflits d’intérêts pour les fonctionnaires du fait de la captation de l’État par des intérêts particuliers étroits et enfin des  poursuites pénales inefficaces contre les fonctionnaires corrompus , le non  accès de la société́ civile aux informations sur les affaires publiques et la non protection juridique des lanceurs d’alerte, des journalistes et des enquêteurs lorsqu’ils signalent des cas de corruption et de versement de pot-de-vin.

Pour Transparency International, les niveaux de corruption restent alarmants de par le monde, et la lutte contre la corruption s’essouffle. Le rapport a mis en évidence de graves niveaux de corruption dans le monde entier.  Selon ce rapport, la corruption est une menace mondiale en constante évolution qui ne se contente pas de saper le développement, mais accroît les inégalités et la crise sociale. Les tendances dangereuses révélées par l’Indice de perception de la corruption de cette année 2O25 montrent qu’il est nécessaire de prendre des mesures concrètes  pour lutter contre la corruption à l’échelle mondiale. » les faits marquants de ce rapport  sont que près de 6,8 milliards de personnes vivent dans des pays dont l’IPC est inférieur à 50,   équivalant  à 85 % de la population mondiale de plus de 8 milliards d’habitants

Qu’en est-il  du classement 2025 des pays africains à l’indice de perception de la corruption de Transparency International ?

Nous avons par ordre décroissant  les 20 premiers  du classement  : 1-Seychelles (24è rang mondial) -2- Cap-Vert (35è) -3-Rwanda (41è) -4  -Botswana (41è)  -5- Maurice (61è)  -6-Namibie (65è)  7 -Sénégal (65è)  -8-Bénin (70è) -9  -Sao Tomé & Principe (70è)- 10-Côte d’Ivoire (76è).  11  -Ghana (76è) -12-Afrique du Sud (81è) x-13-Burkina Faso (84è)   14-Tanzanie (84è) -15-Maroc (91è)  16-   -Tunisie (91è) x-17-Éthiopie (96è) -18-Gambie (99è)  -19  -Lesotho (99è) -20  -Zambie(99è)

Le classement de la  21eme place à 40 est le suivant   -21-Algérie (109è) -  22 -Malawi (109è) -   23 -Sierra Leone (109è) -24-Angola (20è) -25 -Togo (120è) -26-Djibouti (124è) - 27 -Niger (124è) -28-Egypte (130è)-  29  -Kenya (130è) - 30 -Mauritanie (130è)  :31-Gabon (135è) -32-Liberia (136è)-  33 -Mali (136è) -34-Cameroun (142è) - 35 -Guinée (142è) - 36 -Nigeria (142è) -37-Madagascar (148è) - 38 -Ouganda (148è) -39-Centrafrique (150è) -40- République du Congo (153è)-

Enfin nous avons les derniers du classement :  41 -Eswatini (153è) -42-Tchad (157è) -43-Zimbabwe (157è) -44-Guinée-Bissau (161è -  45 -Mozambique (161è) -46-Comores (163è)   47-RD Congo (163è) -48-Burundi (167è) -49-Guinée équatoriale (172è) -50-Soudan (175è) -51-Erythrée (177è) -52-Libye (177è) -53-Somalie (181è) 54-Soudan du Sud (181è)

Selon ce rapport, malgré des progrès de certains pays, l’Afrique reste la région la moins performante à l’indice mondial de perception de la corruption de Transparency International :  4 pays seulement y ont obtenu des scores supérieurs à 50 points sur une échelle de 100, et 16 ont vu leurs notes régresser par rapport à l’édition 2024 Ainsi,  sans compter la guerre fratricide au Soudan , expliquant  son score,  la Libye ,un pays très riche en ressources naturelles, premier réservoir de pétrole  en Afrique, plus de 45 milliards de barils et des réserves de gaz naturel dépassant 1500 milliards de mètres cubes gazeux,  avec une population ne dépassant pas 7 millions d’habitants ,  la Libye, minée par des années d’instabilité politique  et  idem pour certains  pays de la zone sahélienne minés par  une corruption systémique aggravée par l’insécurité.

En conclusion, selon l’avis presque unanime des experts consultés, politologues , juristes  et économistes et  de François Valérian  de Transparency International, bon nombre de pays que ce soit les pays développés ou ceux en voie de développement ont  des lois anti-corruption et des organismes de lutte contre la corruption. Simplement, les lois ne sont pas appliquées et les organes manquent d'indépendance souvent soumis à des pressions politiques. Donc de n’est pas uniquement une question de textes juridiques, les pratiques sociales contredisant souvent les discours et donc les lois renvoyant à l’urgence d’une bonne gouvernance passant par la démocratisation tenant compte des anthropologies africaines.  

Par le Pr Abderrahmane Mebtoul.

Pr Abderrahmane Mebtoul est Professeur des universités, expert international en management stratégique docteur d'Etat 1974 , président de la commission transition énergétique des 5+5 Allemagne 2019/2021.