Le 39e sommet de l’Union africaine monopolisé par les questions sécuritaires
- Source scpo.defensestrategie
- Date : 2026-02-21
- Link
Les 14 et 15 février, le 39e sommet de l’Union africaine (UA) s’est tenu à Addis-Abeba. A cette occasion, le président burundais Évariste Ndayishimiye, ayant pris la présidence tournante de l’UA le 14 février, a annoncé la thématique annuelle de l’organisation panafricaine : « l’accès durable à l’eau et à des systèmes d’assainissement sûrs ». Les conclusions finales du sommet se concentrent néanmoins sur la situation sécuritaire du continent. L’ancien ministre des Affaires étrangères de Djibouti – entre 2005 et 2025 – et l’actuel président de la Commission, l’organe administratif de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, a ainsi déclaré une tolérance zéro aux changements de pouvoir anticonstitutionnels et prioriser la lutte contre la prolifération des groupes terroristes au Sahel. L’UA semble souhaiter renforcer le dialogue avec les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) autour des enjeux sécuritaires posés par les noyaux terroristes liés à Al-Qaïda et à l’EI.
Les déclarations de l’UA ont suscité de nombreuses critiques, en particulier au regard de « l’incohérence » vis-à-vis de sa dénonciation de prises de pouvoir anticonstitutionnelles au sein du continent, tout en priorisant la lutte antiterroriste dans ces mêmes États. L’ancien ministre malien Housseini Amion Guindo, membre de la Coalition des forces pour la République, a ainsi réagit : « L'Union africaine n'est pas constituée pour lutter contre le terrorisme, pour soutenir des régimes qui essaient de vivre de ce terrorisme ». D’autres critiques soulignent l’impuissance de l’UA face aux conflits qu’elle condamne, comme le relève Laetitia Bader, directrice pour la Corne de l’Afrique à Human Rights Watch : « Plusieurs fois, [l’UA] a appelé à la protection de la population, mais ses plans ne se sont jamais concrétisés ».
En septembre 2023, l’Alliance des États du Sahel (AES) – composée du Mali, du Burkina Faso et du Niger – a été fondée en réponse à la menace d’intervention militaire de la CEDEAO au Niger, après la prise de pouvoir par la junte du 26 juillet 2023. Après plus d’un an et demi de tensions, l’AES affirme sa volonté de quitter la CEDEAO en décembre 2024, malgré la période de transition de sortie proposée jusqu’en juillet 2025 par l’organisation pour continuer les processus de médiation. L’organisation régionale a continué de renforcer son alliance au cours de l’année 2025 par l’inauguration d’une télévision et d’une radio communes, la mise en place d’une « Force unifiée » dotée de 5 000 hommes, ou encore par la création d’une Banque confédérale pour l’investissement et le développement, annoncée le 11 décembre 2025.
Le 14 février, jour de début du sommet, une attaque contre le poste forestier de Tandjari, dans la province du Gourma (à l’est du Burkina Faso) a fait une quarantaine de morts. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, a revendiqué les faits, ainsi que plusieurs autres attaques dans les jours précédant à Titao (province du Loroum), Naré, Bilanga, et Ouahigouya.
