Invasion de l’Ukraine, quatre ans après
- Source IHEDN.FR
- Date : 2026-02-19
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QUATRE ANS APRÈS L’INVASION DE L’UKRAINE PAR LA RUSSIE, LE GRAND PUBLIC EST UN PEU PERDU QUANT À L’ÉVOLUTION DE CE CONFLIT. QUELLES EN ONT ÉTÉ LES PRINCIPALES ÉTAPES JUSQU’ICI, ET QUEL EST L’ÉTAT DES FORCES EN PRÉSENCE AUJOURD’HUI ?
Il y a eu globalement quatre phases dans cette guerre d’agression russe.
La première phase débute le 20 février 2014, avec l’occupation militaire puis l’annexion illégale de la Crimée. Elle se poursuit en mars 2014 par une opération de déstabilisation dans le Donbass et la prise de contrôle des régions de Donetsk et de Louhansk par les forces spéciales russes et des groupes armés revêtus d’uniformes démarqués, mais placés sous le contrôle de Moscou.
Ensuite, la Russie va mener, pendant 8 ans, de nombreuses attaques hybrides en Ukraine, souvent d’intensité élevée (terrorisme et sabotage), destinées à miner la cohésion de sa population, à décrédibiliser le gouvernement et à encourager la subversion. Parallèlement, des combats de basse intensité se poursuivent dans le Donbass. Moscou met en place un quasi-blocus des ports de la mer d’Azov.
La seconde phase débute le 24 février 2022 avec l’invasion à grande échelle de l’Ukraine. Violant à nouveau ses engagements internationaux, la Russie s’empare d’environ 30% du pays. Elle pense que l’Ukraine va tomber comme un « fruit mûr ». Mais le déclenchement de cette invasion a été décidé à partir de renseignements biaisés. La Russie a sous-estimé la résistance de l’Ukraine et la transformation de ses armées depuis 2014. À l’inverse, elle a surestimé son influence en Ukraine et les effets de sa longue stratégie de subversion.
En outre, les forces armées de la Fédération de Russie (FAFR) sont mal préparées et mal commandées. Elles sont surprises par la défense en profondeur des forces armées ukrainiennes (FAU) qui sauvent Kiev et sa région, arrêtent les avancées russes dans la région de Kharkiv et contre-attaquent pour reprendre la majeure partie de cette région en septembre 2022 puis Kherson le 11 novembre 2022. La Russie ne contrôle plus que 18% du territoire ukrainien, incluant la Crimée.
La troisième phase (novembre 2022-septembre 2023) marque une stabilisation du front. La Russie s’est repliée sur une ligne de défense multicouche, solidement défendue, la ligne Sourovikine, qui transforme le conflit en guerre d’attrition et qui étouffe l’offensive ukrainienne qui débute en juin 2023. Toutefois, la suprématie russe en mer Noire est mise à mal par les frappes et les drones navals ukrainiens qui parviennent à transformer cet espace en zone d’interdiction au bénéfice de Kiev.
« QUATRE ANS APRÈS, LE BILAN EST CALAMITEUX POUR LA RUSSIE » :
La quatrième phase (septembre 2023 à aujourd’hui) se caractérise par une progression laborieuse des FAFR et une augmentation continue des frappes russes dans la profondeur, avec des missiles et des drones low cost à longue portée. La Russie grignote environ 5000 km² du territoire ukrainien en 2024 et autant en 2025, ce qui représente, en deux ans, la superficie de seulement deux départements français d’une taille équivalente à l’Ariège.
Quatre ans après le début de l’offensive à grande échelle, le bilan est calamiteux pour la Russie qui n’atteindra probablement jamais, par les seuls moyens militaires, les objectifs stratégiques qu’elle s’était fixés. Elle ne parvient pas à capitaliser sur sa supériorité militaire théorique et elle n’arrivera jamais à s’emparer de l’Ukraine dont elle contrôle moins de 20% des territoires, y compris la Crimée.
Cette guerre lui a été très coûteuse en vies humaines. Une récente étude du Center for Strategic and International Studies (CSIS) estime que, depuis février 2022, les FAFR auraient subi environ 1,2 million de pertes (tués, blessés et disparus). S’appuyant sur des sources publiques vérifiées, Mediazona et la BBC ont décompté, à la date du 13 février 2026, 177 433 noms de soldats russes décédés en Ukraine. Ils estiment le nombre réel de morts russes à environ 219 000.
Moscou affichait également l’objectif d’éloigner l’OTAN de ses frontières. Là aussi c’est un échec cuisant pour le Kremlin, puisque la Suède et la Finlande – qui avaient toujours tenu à maintenir leur neutralité – ont rejoint l’OTAN en 2023 et 2024, augmentant de 1300 km la ligne de contact entre la Russie et l’OTAN
