Le développement de l’Afrique passe par son industrialisation via les PMI/PME et la sous traitance

La politique industrielle de l’Afrique via les PMI/PME et la sous traitance doit  être  menée avec cohérence, pragmatisme et réalisme, évitant des industries de prestige loin des seuils de rentabilité donc non compétitifs  à terme . Devant investir dans des segments où elle peut avoir des avantages comparatifs.  La solution la plus sûre est d'avoir une vision stratégique, loin de tout replâtrage, les tactiques pour paraphraser les experts militaires, devant s'insérer au sein d'une fonction objectif stratégique de sous intégrations régionales, n’existant pas une Afrique mais des Afriques.

1-La sous-traitance est une opération par laquelle une entreprise (appelée donneur d'ordre) confie à une autre entreprise (appelée sous-traitant) la mission de réaliser pour elle une partie des actes de production et/ou de services dont elle demeure responsable.

On peut en fonction de la spécificité de chaque pays de l’Afrique après une formation , développer ces sous segments souvent localisés dans la sphère informelle dans les domaines de la mécanique, la construction métallique, l’électricité, l’électronique, l’électroménager, de l’énergie électrique, des mines, des industries pétrochimiques, de la sidérurgie, de la métallurgie, des cimenteries, des briqueteries, des travaux publics, des transports, de la réparation navale, des industries manufacturières et des nouveaux services ( nouvelles technologies) qui ont un caractère de plus en plus marchand créateur de valeur ajoutée.

Dans la pratique l'on distingue trois types de sous-traitance à savoir :

-la sous-traitance de spécialité,

-la sous-traitance de capacité,

-la sous-traitance de marché.

Si l'on prend quelques exemples selon le rapport annuel de New Venture Research (NVR9) l'assemblage en électronique, qu'il soit réalisé en interne (OEM) ou confié à des sous-traitants (EMS ou ODM), a représenté 1400 milliards de dollars en 2020 et a atteint environ 1600 milliards de dollars en 2025, soit un taux de croissance annuel moyen de 3,4%, principalement alimentée par la demande de services de sous-traitance. Malgré un marché des véhicules légers relativement stable en nombre d'unités, le marché mondial des semi-conducteurs pour l'automobile devrait passer de 44 milliards de dollars en 2021 à 80,7 milliards de dollars en 2027, soit un taux de croissance annuel moyen de 11,1%, selon une étude de Yole Intelligence, l'électrification et l'ADAS étant les principaux moteurs de cette croissance. Ainsi, le contenu semi-conducteur par véhicule devrait passer de 550 dollars à 912 dollars en 2027/2028 et en nombre de composants, chaque nouvelle voiture devrait intégrer quelque 1100 puces en 2027/2028, contre environ 820 puces en 2022. 

2-Les PMI/PME innovantes, sont le noyau de la densification du tissu économique  de l’Afrique via la sous traitance au sein de sous-segments de filières internationalisées, devant être réaliste,   n’existant pas de taux d’intégration à 100%, les grandes entreprises au niveau mondial, organisées en réseaux loin de l’organisation dépassée hiérarchique, externalisent une fraction de leurs activités autour de PMI/PME innovantes.  à la fois pour couvrir les besoins du marché national et pour pouvoir exporter ; Dans ce cadre, en fonction de mon expérience pendant plus de quatre décennies au niveau du secteur industriel ,  j’émets sept propositions opérationnelles . Pour leurs réussites, ces propositions peuvent permettre l’intégration de la sphère informelle représentant  selon les  pays  d’Afrique entre 40 et 70% de la superficie économique servant de tampon social  recelant un vivier important de PMI/PME , devant distinguer la sphère informelle marchande spéculative de la sphère informelle productive : l’expérience italienne qui a su intégrer cette sphère est à méditer (voir  sous la direction du professeur Abderrahmane Mebtoul Institut Français des Relations Internationales IFRI Paris décembre 2013: le poids de la sphère informelle au Maghreb et les mesures pour l’intégrer reproduit en synthèse revue stratégie IMDEP- Ministère de la défense nationale MDN Alger octobre 2019).

Premièrement, créer une Agence de service aux petites entreprises de moins de 20 salariés. L’environnement juridique, administratif, fiscal et social est particulièrement complexe et instable pour une très petite entreprise. En qualité d’employeur, une TPE est aujourd’hui en relation avec plusieurs dizaines d’organismes.  Pourquoi ne pas s’inspirer du Small Business Service, interlocuteur administratif unique pour les très petites entreprises créé par le gouvernement britannique.

Deuxièmement, pour le délai de paiement, je propose d’imposer une loi si nécessaire ou un décret exécutif pour le paiement aux PME à moins de 30 jours à compter de la date de livraison.  Une telle décision permettra aux PME de recouvrer  des montants importants  de trésorerie pour toutes les livraisons aux grandes entreprises et pour tous les marchés passés avec les collectivités publiques, les longs retards accumulés dans le paiement devenant étouffant supposant de revoir les procédures des finances publiques.

Troisièmement, il faudrait élargir les possibilités de financement des PME en introduisant le Leasing, le capital développement car la majorité des entreprises familiales rechignent à chercher du capital à l’extérieur existant un système financier informel reposant sur la confiance mais souvent à des taux d’intérêts d’usure.

Quatrièmement, dans le cadre de règles contractuelles claires, les grandes entreprises publiques africaines  doivent réaliser de la sous traitance par un co-partenariat, à l’instar de ce qui se fait dans d’autres pays,  devant méditer l’expérience allemande qui considère les PME comme des partenaires égaux.

Cinquièmement, les règles comptables régissant les PME -PMI sont très lourdes et ne sont pas utiles à toutes les entreprises. On pourra donc s’orienter vers une comptabilité de trésorerie pour les entreprises de moins de 10/20 salariés. Cette mesure permettrait de réduire leur charge administrative.

Sixièmement, il serait souhaitable de soumettre les petites PMI/PME à un régime fiscal et social spécifique notamment pour ceux dont le chiffre d’affaires ne dépasse pas un certain seuil avec un prélèvement libératoire de 10 à 15 % assimilable à l’impôt sur le revenu, se substituant à tous les impôts directs.

Septièmement, améliorer le climat des affaires en synchronisant la gouvernance centrale, locale et la gouvernance d’entreprise en s’attaquant à la bureaucratie bureaucratique qui paralyse les initiatives créatrices impliquant  la réforme profonde du système financier, le système socio-éducatif  dont la formation professionnelle continue étant le nerf de la réussite de la soustraitance.

3-Pour sa réussite, la sous-traitance se doit donc d'être gérée autour de cinq axes directeurs :

Premièrement, définir une planification qui couvre l'ensemble du projet avec des mesures adéquates de contrôle et d'accompagnement et donc un cahier des charges précis et structuré

Deuxièmement, le choix d'un sous-traitant doit se baser sur un ensemble de critères dont les capacités technologiques , et non seulement sur le meilleur prix offert.

Troisièmement, mettre en place des modes d'évaluation. Certains logiciels de gestion de la sous traitance sont dotés de modules permettant de faire l'analyse des risques afin de respecter les mesures de sécurité du donneur d'ordres.

Quatrièmement, mettre en place une procédure de suivi et de prévention qui permet de contrôler le travail effectué, tout en s'assurant de la conformité du sous-traitant quant aux termes du contrat et des réunions régulières par communication ouverte pouvant contribuer à la réussite du travail. L'évaluation périodique du travail de sous-traitance en entreprise est indispensable durant le projet.

Cinquièmement, la réussite d'un projet de sous traitance doit reposer sur un système de gestion de conformité des sous traitants performant et éprouvé, répondant aux besoins, du donneur d'ordre qui doit être doté d'une planification stratégique. Qu'en est-il de la sous-traitance au niveau mondial ? Cela est lié à la stratégie des délocalisations les grandes firmes se concentrant surtout sur la recherche développement noyau de la très forte valeur ajoutée.

En conclusion. En misant sur l’innovation permanente, l’utilisation des nouvelles technologies, la sous-traitance pourra apporter les solutions idoines aux préoccupations économiques nationales, avec la substitution à l’importation. Face à un monde turbulent et instable où les innovations technologiques sont en perpétuelles évolutions, je ne rappellerai jamais assez que le moteur de tout processus de développement réside en la recherche développement, que le capital argent n'est qu'un moyen et que sans bonne gouvernance centrale et locale, l'intégration de l'économie de la connaissance, aucune politique économique n'a d'avenir.

Dr Abderrahmane Mebtoul - Professeure des universités, expert international.