Parution : RADAR, Menaces 2035. Qui veut la paix prépare le futur, Paris, Robert Laffont, novembre 2025, 160 p.

Cet ouvrage est le fruit des réflexions menées dans le cadre du programme RADAR, lancé en 2024 par la Direction générale de l’armement et qui succède à la Red Team Défense. RADAR permet à des personnalités de domaines variés — experts militaires, décideurs issus de domaines stratégiques, artistes — de se rencontrer pour les faire penser « hors du cadre » et anticiper les menaces qui viennent.

Cinq grandes thématiques sont abordées dans ce travail. La première section s’intéresse aux risques bactériologiques : bactéries pathogènes ou qui pourraient servir à détruire des matériaux, bactéries potentiellement utiles ou bactéries miroirs qui pourraient poser des questions existentielles à l’humanité. Les différentes entrées présentent, entre autres, les risques posés par le détournement de maladies à des fins militaires, le potentiel croissant de dispersion d’agents biologiques grâce au développement des drones, les réponses possibles à ces nouvelles menaces (biohacking, recommandations techniques…).

Une deuxième section s’intéresse à l’importance de construire une résilience collective à la fois physique et mentale pour se préparer aux menaces futures. Elle rappelle que la santé mentale et physique est un enjeu clef pour la défense. Elle évoque aussi un certain nombre d’innovations qui pourraient venir améliorer les performances physiques ou mentales des soldats en temps de conflit. Cela pourrait passer par exemple par des lentilles infrarouges pour mieux voir dans le noir, l’optimisation du temps et de la qualité du sommeil, une meilleure santé physique ou des implants variés. Elle évoque aussi quelques progrès qui pourraient bénéficier à la société dans son ensemble.

Une troisième section revient sur la guerre de l’information et ses conséquences sur la cohésion sociale. Elle évoque des méthodes qui sont loin d’être nouvelles, mais dont les effets sont décuplés par les innovations technologiques contemporaines. Elle interroge la capacité des sociétés à faire communauté dans un contexte où l’information sera de plus en plus fragmentée et difficile à vérifier.

Une quatrième section aborde les stratégies possibles pour construire une meilleure autonomie stratégique industrielle, et être capable d’absorber des chocs plus violents et récurrents. Elle évoque quelques évolutions en cours, par exemple le renversement de la domination des gains d’échelle (mini-usines urbaines, unités mobiles…) ou le vieillissement de la population.

Enfin, une dernière section évoque le climat, les menaces que pourront poser les effets du changement climatique, mais aussi certaines solutions de géo-ingénierie, sur les équilibres climatiques et géopolitiques mondiaux. Elle aborde également les potentielles manipulations du climat dans le cadre de conflits, par exemple à travers l’ensemencement des nuages pour faire tomber la pluie.

Ce travail offre une lecture agréable en dépit de la teneur des sujets traités. Le panorama des menaces est foisonnant et peut alimenter des réflexions stratégiques plus larges, tandis que les « informations insolites » viennent habilement clore les chapitres et mettre en avant des dimensions à creuser. Des « interférences » donnent corps aux futurs explorés, et les articles des dossiers thématiques sont pertinents et variés. La diversité des formats invite à naviguer librement dans l’ouvrage mais complique parfois la compréhension rapide de ce qui est exposé.

Il aurait pu être intéressant de proposer aux lecteurs non forcément familiers de prospective une ou deux pages de présentation de la méthode utilisée pour construire ces différents éléments, et la façon de les aborder. Parfois l’horizon temporel des éléments évoqués n’est pas si clair (présent, 2035 ou plus lointain ?) et il est difficile de distinguer ce qui relève de tendances engagées ou de signaux faibles, voire de faits contemporains. L’idée d’introduire chaque section par un court écrit de fiction est bonne mais pèche parfois dans son exécution : trop démonstratifs, on a parfois l’impression que ces récits tentent absolument d’évoquer tous les éléments caractéristiques du futur exploré, plutôt que de les suggérer (ce qui rend leur compréhension difficile).

En dépit de ces quelques points, la lecture de Menaces 2035 est recommandée : ce livre constitue une bonne entrée en matière dans les sujets, permettant d’aborder des thématiques essentielles de façon synthétique et prospective.

RADAR, Menaces 2035. Qui veut la paix prépare le futur, Paris : Robert Laffont, novembre 2025, 160 p.