Guerre en Ukraine : quatre ans après et toujours un front figé
- Source geneva-institute.com
- Date : 2026-05-12
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Le 24 février 2026 a marqué tristement le quatrième anniversaire du déclenchement de la guerre entre la Russie et l'Ukraine que les experts considèrent comme le plus grand conflit en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Il a connu un changement majeur suite au retour du Président américain Donald Trump à la Maison Blanche en 2024.
Lorsque la Russie a lancé son opération militaire le 24 février 2022, le Président Vladimir Poutine avait prédit que son armée contrôlerait toute l'Ukraine en quelques jours. Cependant, le conflit a dégénéré en cinq années de combats intenses, les gouvernements européens sont étonnamment mal préparés et ils semblent toujours dépourvus de plan.
Alors que l'invasion russe entre dans sa cinquième année, l'Ukraine est confrontée à un enchevêtrement complexe de pressions politiques, militaires et économiques. Si certains espèrent que 2026 marquera la fin des combats, des responsables politiques et des experts ukrainiens annoncent que la dynamique du champ de bataille, la résistance des lignes de front et le soutien extérieur détermineront les limites de tout accord proposé par Kiev.
Entre la pression de Washington, la crise de Moscou et la situation vulnérable de Kiev, l’année 2026 parait être à l'aube d'un tournant décisif ; non pas parce qu'il s'agira d'une fin inévitable mais, parce qu’aucun des deux camps ne peut se permettre de continuer sur ce rythme insoutenable.
Ukraine : point de situation .
Une victoire militaire pour les deux camps est actuellement inconcevable, d'autant plus, malgré l’annexion proclamée en 2022, la Russie n’exerce pas un contrôle total sur les quatre régions contestées (Donetsk, Louhansk, Zaporijia et Kherson), de même, l'Ukraine n'est pas parvenue à une percée stratégique susceptible de rétablir l'équilibre des forces.
Malgré cela, les camps russes et ukrainiens restent engagés dans une guerre d'usure.[1] Moscou cible les centrales électriques et les infrastructures ukrainiennes pour affaiblir les capacités de résistances, tandis que Kiev riposte en visant les installations de stockage de carburant et les bases militaires russes, tout en exploitant les sanctions occidentales qui paralysent l'économie russe.
La guerre est devenue également un lourd fardeau pour les États-Unis et l'Europe qui supportent le coût économique et politique de cette confrontation prolongée. L’Amérique du Président Donald Trump, recherche toutefois un cessez-le-feu et une évolution vers un règlement politique pour mettre fin aux combats. Le 13 février 2026, Trump a intensifié la pression sur Zelensky pour conclure hâtivement un accord avec Poutine.[2]
Trump considère que la poursuite de la guerre nuirait à son image tant au niveau national qu'international car, il s’est auto-désigné comme l’homme « faiseur de paix ».[3] De surcroît, la pression économique et militaire qu’exerce la guerre sur Washington incite l'administration américaine à envisager une nouvelle approche qui concilie le soutien à Kiev et le dialogue avec Moscou. L’Europe est un acteur clé dans ce conflit mais, elle est confrontée à une grave crise énergétique et à des difficultés économiques croissantes.
Donald Trump : la volte-face .
Le Président américain Donald Trump qui avait promis de mettre fin à la guerre en vingt-quatre heures est désormais confronté à un véritable test politique. Ses promesses de campagne se heurtent à la complexité de la situation sur le terrain et ses échéances répétées n'ont fait qu'exacerber les tensions avec Kiev, puisque son aide militaire étant devenue un moyen de pression pour contraindre l’Ukraine à négocier avec Moscou.
À chaque nouvelle déclaration du Président américain, les observateurs ont de plus en plus l'impression que Donald Trump cherche à remporter un succès diplomatique rapide, venant ainsi s'ajouter à son palmarès présidentiel. Le revirement spectaculaire de Trump en matière de politique étrangère envers la Russie et ses propos sur un accord de paix qui semblent concéder au Président russe Vladimir Poutine une grande partie de ses aspirations ont alarmé l'Ukraine.
Si la position de Trump reflète la nouvelle orientation de Washington, elle représente le changement le plus profond de la politique étrangère américaine depuis les années 1940 qui comprend un redécoupage des frontières, un rôle accru de la Russie dans les affaires européennes et une réorganisation des relations américaines avec ce qui reste de leurs anciennes alliances.
L'issue des négociations ne suscite aucun optimisme en Ukraine.
Dans ce contexte, le sentiment largement partagé en Ukraine est que les négociations n'aboutiront à aucun résultat tant que Poutine restera au pouvoir.[4] Pour les dirigeants ukrainiens, la réalité objective est que Poutine ne souhaite pas la fin des négociations car, il risque de perdre le pouvoir s'il met fin à la guerre sans avoir atteint ses objectifs, c'est-à-dire, sans avoir anéantit l'Ukraine ou installé un gouvernement fantoche.
Les Ukrainiens estiment également que les négociations permettent au Président russe d'échapper à l'isolement politique, d'éviter les sanctions, notamment celles de Trump, et de semer le chaos et l’incertitude, et donc « d'exploiter ces mécanismes ».
Face à la diminution de la confiance accordée aux États-Unis comme soutien sous l'administration Trump, alors que les forces russes continuent de repousser les lignes de front et de cibler les infrastructures énergétiques, Kiev ne dispose plus que d'options limitées, la plus évidente étant de s'adapter à l'approche de Trump.
On comprend aisément que l’objectif principal de Zelensky est d'empêcher Trump de tomber dans le piège des provocations de Poutine, consistant dans les revendications initiales formulées au début de la guerre qui exigent de l'Ukraine une neutralité, un non alignement sur aucun bloc militaire et une reconnaissance internationale sur les territoires que contrôle la Russie.
Les Points de désaccords.
Pour l’Ukraine, la question des régions où la Russie exige de maintenir son contrôle, demeure l'élément le plus épineux. Selon le projet d'accord à Abu Dhabi du 23 janvier 2026, les lignes de front dans les régions de Donetsk, Louhansk, Zaporijia et Kherson seraient figées aux positions où les forces étaient stationnées au moment de la signature, tandis que la Russie serait tenue de se retirer des régions de Dnipropetrovsk, Mykolaïv, Soumy et Kharkiv.[5]
Rappelons qu’en 2025, Moscou exigeait le retrait des troupes ukrainiennes de Donetsk, tandis que Washington a proposé un compromis impliquant la création potentielle d'une zone économique spéciale.[6]
Zelensky a déclaré que la mise en œuvre de telles propositions nécessiterait un référendum national après un cessez-le-feu, une perspective que de nombreux ukrainiens considèrent comme « un risque sérieux » de déstabilisation du pays. Le référendum entraînerait une instabilité intérieure et marquerait la fin définitive de la cohésion qui s'était formée face à l'agression extérieure.[7]
Néanmoins, les Ukrainiens considèrent que la tenue d'élections ou de référendums en temps de guerre exacerberait la polarisation de la société ukrainienne, particulièrement selon des clivages régionaux et ouvrirait la porte à la manipulation russe. Des élections sont donc pratiquement impossibles dans ces circonstances et compromettraient ainsi les capacités de défense ukrainiennes et leur légitimité.
Les concessions irréversibles .
Le danger fondamental pour l'Ukraine réside dans les « concessions irréversibles » qu'elle fait sur sa souveraineté, sa défense ou ses questions constitutionnelles sans mécanisme clair garantissant un cessez-le-feu. Kiev subit une pression inégale, contrainte de faire des concessions dès à présent et à l'avenir, sans obtenir grand-chose en retour.
Zelensky attribut cette situation à une grande réticence de la part des États-Unis et des pays européens à prendre des engagements contraignants en matière de sécurité, notamment des mesures de défense collective ou une politique de défense unifiée.
Contrairement à ce cadre vague et indéfini, l'Ukraine est censée prendre immédiatement des engagements très concrets : retrait du Donbass, abandon formel de ses aspirations à l'adhésion à l'Otan, limitation des effectifs de ses forces armées et tenue d'élections – autant de mesures qui auraient des conséquences immédiates sur le pays.[8]
Les exigences maximalistes de la Russie sont largement perçues en Ukraine et en Occident, notamment en Europe, comme un obstacle majeur à la paix. Concernant la méfiance des Ukrainiens envers les intentions de Trump, on peut évaluer que l’objectif du Président américain est de normaliser les relations avec Moscou.
Une nouvelle réunion tripartite entre russes, ukrainiens et américains à Genève est entamée le 17 février 2026, mais comme pendant les pourparlers d’Abou Dhabi (2026) et de Turquie (2025), les alliés européens de Zelensky sont tenus à l’écart.[9]
Conclusion .
L’année 2026 est peut-être le défi le plus important auquel Zelensky est confronté depuis sa décision de rester et de poursuivre la guerre après l'invasion russe de février 2022. Quant à Trump, le Président ukrainien doit composer avec un allié connu pour son caractère versatile, cela complique davantage les efforts de l'Ukraine pour parvenir à un accord de paix qui ne compromette pas sa sécurité, sa souveraineté et sa capacité économique de reconstruction.
L’offensive militaire russe en cours en Ukraine, la réticence des États-Unis à financer Kiev et l’incapacité de l’Union européenne à compenser pleinement ce soutien américain tant financièrement que militairement, sont des facteurs qui enveniment la situation en Ukraine.
Les chances de mettre fin à la guerre restent donc limitées car, les conditions d'une entente ne sont pas encore réunies et qu'aucune des deux parties n'a obtenu suffisamment d’avantages pour être disposée à accepter des compromis à l'heure actuelle.
Notes :
[1]https://www.connaissancedesenergies.org/afp/ukraine-pas-une-centrale-electrique-epargnee-par-les-frappes-russes-selon-zelensky-260214
[2]https://www.lefigaro.fr/international/trump-appelle-zelensky-a-se-bouger-pour-trouver-un-accord-avec-la-russie-20260213
[3] https://www.lopinion.fr/international/ukraine-donald-trump-homme-de-paix
[4] https://www.courrierinternational.com/article/vu-de-moscou-toute-paix-en-ukraine-sera-impossible-tant-que-la-russie-restera-source-de-menaces-permanentes_238139
[5]https://legrandcontinent.eu/fr/2026/01/23/a-abou-dabi-la-question-des-territoires-est-le-principal-sujet-de-discussion-entre-russes-ukrainiens-et-americains/
[6]https://www.noovo.info/nouvelles/international/article/les-etats-unis-et-lukraine-sentendent-sur-des-questions-cles/
[7] https://www.ukrainer.net/fr/ukrainiens-elections-guerre/
[8]https://www.lefigaro.fr/international/le-kremlin-affirme-que-les-troupes-ukrainiennes-doivent-quitter-le-donbass-pour-un-accord-de-paix-durable-20260123
[9]https://www.rtbf.be/article/guerre-en-ukraine-la-russie-meprise-les-efforts-de-paix-avec-une-attaque-nocturne-avant-les-pourparlers-11680966
Par LACEB Ferhat. Docteur en histoire militaire et études de défense (Université de Montpellier 3).
