Face aux nouvelles mutations mondiales, les défis de l’Afrique 2026/2030/2050 nécessitant des stratégies d’adaptation
- Source geneva-institute.com
- Date : 2026-05-16
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De nombreux défis attendent l’Afrique entre 2026 et 2030/2025O face à l’accroissement des besoins internes, 25% de la population mondiale et des nouvelles mutations mondiales face à de profonds changements du monde.
1-De nouvelles organisations se dessinent car le XXIème siècle n’est plus l’ère où la richesse d’une Nation s’identifie aux grandes firmes qui étaient ayant été calquées sur l’organisation militaire et ayant été décrites dans les mêmes termes : chaîne de commandement, classification des emplois, portée du contrôle avec leurs chefs, procédures opératoires et standards pour guider tous les dossiers. Tous les emplois étaient définis à l’avance par des règles et des responsabilités pré-établies.
Comme dans la hiérarchie militaire les organigrammes déterminaient les hiérarchies internes et une grande importance était accordée à la permanence du contrôle, la discipline et l’obéissance. Cette rigueur était indispensable afin de mettre en œuvre les plans avec exactitude pour bénéficier des économies d’échelle dans la production de masse et pour assurer un contrôle strict des prix sur le marché. Comme dans le fonctionnement de l’armée, la planification stratégique demandait une décision sur l’endroit où vous voulez aller, un suivi par un plan pour mobiliser les ressources et les troupes pour y arriver. A l’ère mécanique totalement dépassée, la production était guidée par des objectifs préétablis et les ventes par des quotas déterminés à l’avance. Les innovations n’étaient pas introduites par petits progrès, mais par des sauts technologiques du fait de la rigidité de l’organisation. Au sommet de vastes bureaucraties occupaient le rectangle de l’organigramme, au milieu des cadres moyens et en bas les ouvriers. L’enseignement, du primaire au supérieur en passant par le secondaire, n’était que le reflet de ce processus, les ordres étant transmis par la hiérarchie, les écoles et universités de grandes tailles pour favoriser également les économies d’échelle. Actuellement une nouvelle organisation est en train de s’opérer montrant les limites de l’ancienne organisation avec l’émergence d’une dynamique nouvelle des secteurs afin de s’adapter à la nouvelle configuration mondiale. Nous assistons au passage successif de l’organisation dite tayloriste marquée par une intégration poussée, à l’organisation divisionnelle, puis matricielle qui sont des organisations intermédiaires et enfin à l’organisation récente en réseaux où la firme concentre son management stratégique sur trois segments : la recherche développement (cœur de la valeur ajoutée), le marketing et la communication et sous traite l’ensemble des autres composants. Et ce avec des organisations de plus en plus oligopolistiques, quelques firmes contrôlant la production, la finance et la commercialisation tissant des réseaux comme une toile d’araignée. Les firmes ne sont plus nationales, même celles dites petites et moyennes entreprises reliées par des réseaux de sous-traitants aux grandes firmes.
2-Avec les nouvelles technologies nous assistons une nouvelle division internationale du travail et à la percée de l’économie de la connaissance. Les firmes prospères sont passées de la production de masse à la production personnalisée (Pr Reich ex secrétaire d’Etat US). N’exportant plus seulement leurs produits mais leur méthode de marketing, leur savoir-faire sous formes d’usines, de points de vente et de publicité. Car, parallèlement à mesure de l’insertion dans la division internationale du travail, la manipulation de symboles dans les domaines juridiques et financiers s’accroît proportionnellement à cette production personnalisée. Indépendamment du classement officiel de l’emploi, la position compétitive réelle dans l’économie mondiale dépend de la fonction que l’on exerce. Au fur et à mesure que les coûts de transport baissent, les produits standards et de l’information qui les concernent, la marge de profit sur la production se rétrécit en raison de l’absence de barrières à l’entrée. En ce XXIe siècle, la production standardisée se dirige inéluctablement là où le travail, le moins cher, le plus accessible et surtout bien formé. La qualification devient un facteur déterminant. L’éclatement des vieilles bureaucraties industrielles en réseaux mondiaux leur a fait perdre leur pouvoir de négociation expliquant également la crise de l’Etat providence Ce qui explique que certains pays du Tiers Monde qui tirent la locomotive de l’économie mondiale se spécialisent de plus en plus dans ces segments nouveaux, préfigurant horizon 2030 de profonds bouleversements géostratégiques. Il s’ensuivra inévitablement une recomposition du pouvoir économique mondial avec la percée de la Chine, de l’Inde, du Brésil, de la Russie et de certains pays émergents et la naissance des BRICS+ ( débat à Radio France Internationale RFI, le 12 novembre 2012, Paris, que j’ai tenu avec le Pr Antoine HALFF de Harvard, économiste en chef du gouvernement Barak Obama et qui était à cette période directeur de la prospective à l’AIE sur les nouvelles mutations mondiales ).
Les emplois dans la production courante tendent à disparaître comme les agents de maîtrise et d’encadrement impliquant une mobilité des travailleurs, la généralisation de l’emploi temporaire, et donc une flexibilité permanente du marché du travail avec des recyclages de formation permanents étant appelés à l’avenir à changer plusieurs fois d’emplois dans notre vie. Ainsi, apparaissent en force d’autres emplois avec l’intelligence artificielle dont la percée des producteurs de symboles dont la valeur conceptuelle est plus élevée par rapport à la valeur ajoutée tirée des économies d’échelle classiques, remettant en cause les anciennes théories et politiques économiques héritées de l’époque de l’ère mécanique comme l’ancienne politique des industries industrialisantes calquée sur le modèle de l’ancien empire soviétique alors que le XXIe siècle est caractérisée par la dynamisme des grandes firmes mais surtout les PMI/PME consacrant un budget à la recherche développement, reliés en réseaux à ces grandes firmes. Les expériences allemandes et japonaises, chacune tenant compte de son anthropologie culturelle, est intéressante à étudier, se fondant sur un partenariat, grandes firmes/PME/PME. Avec la prédominance des services qui ont un caractère de plus en plus marchand contribuant à l’accroissement de la valeur ajoutée, la firme se transforme en réseau mondial, étant impossible de distinguer les individus concernés par leurs activités, qui deviennent un groupe diffus, répartis dans ce village mondial, dominé par des réseaux croisés consommateurs/producteurs, transformant la gestion des systèmes d’organisations internationaux et nationaux à tous les niveaux, politique, économique social et militaire, déclassant les anciennes organisations .
3- D’où l’importance pour l’Afrique d’une nouvelle stratégie d’adaptation autour de cinq axes directeurs axée sur une bonne gouvernance.
Premièrement, la forte croissance peut revenir. Mais elle suppose la conjugaison de différents facteurs : une population active dynamique, un savoir, le goût du risque et des innovations technologiques sans cesse actualisés, le combat contre toute forme de monopole néfaste, une concurrence efficace, un système financier rénové capable d’attirer du capital et une ouverture à l’étranger. Ces réformes passent fondamentalement par une démocratie vivante, une stabilité des règles juridiques et l’équité, les politiques parleront de justice sociale. La conduite d’ensemble de ces réformes ne peut ni être déléguée à tel ou tel ministre ni mise dans les mains de telle ou telle administration. Elle ne pourra être conduite que si, au plus haut niveau des Etats africains, une volonté politique forte les conduit et convainc de leur importance d’où avec l’ère d’internet une communication active transparente permanente.
Deuxièmement, les actions coordonnées et synchronisées dans le temps exigent le courage de réformer vite et massivement, non des replâtrages conjoncturelles mais de profondes réformes structurelles à tous les niveaux en ayant une vision stratégique pour le moyen et le long terme, devant donc réhabiliter la planification et le management stratégique. L’Afrique peut y parvenir dans un délai raisonnable. Pour cela, elle doit réapprendre à envisager son avenir avec confiance, libérer l’initiative, la concurrence et l’innovation car le principal défi du XXIème est la maîtrise du temps car toute Nation qui n’avance pas recule forcément.
Troisièmement, pour s’inscrire dans la croissance mondiale, l’Afrique doit mettre en place une véritable économie de la connaissance, développant le savoir de tous, de l’informatique au travail en équipe, de l’arabe, du français, du chinois à l’anglais, du primaire au supérieur, de la crèche à la recherche. Il faut éviter une erreur fondamentale dans la politique éducative d’un pays, vision de court terme en privilégiant uniquement la recherche appliquée. La recherche théorique est le fondement de l’innovation, l’application pratique au vu des expériences pouvant demander plusieurs années. Figer un élève ou un étudiant uniquement sur la pratique peut conduire à terme à en faire un chômeur potentiel car en ce XXIème siècle c’est fini les emplois à vie, et avoir une solide base théorique permet de s’adapter par une nouvelle formation pour les métiers de demain qui ne seront plus ceux d’aujourd’hui, les métiers d’avenir étant : le numérique, la santé, la biotechnologie, les industries de l’environnement, les services à la personne.
Quatrièmement, toute Nation ne peut distribuer plus que ce qu’elle produit annuellement, si elle veut éviter la dérive sociale. Il s’agira de concilier l’efficacité économique et la nécessaire cohésion sociale, en intégrant la sphère informelle représentant en Afrique plus de 5O% du PIB, certes servant à court terme de tampon social mais que l’on ne combat pas par des mesures bureaucratiques.
Cinquièmement, le développement de l’Afrique passe par des sous intégrations régionales , n’existant pas une Afrique mais des Afriques, la zone de libre change intra africaine étant un début de solution, ce qui renvoi aux théories des pôles régionaux et l’intégration et au concept de décentralisation que je définis comme un mode d’organisation qui confère à la région un rôle et un statut économique propre, caractérisé par une autonomie relative mais non indépendante des Etats pour les grandes orientations stratégiques régulateurs central ,cette autonomie étant donc encadrée par l’autorité nationale. Toute décentralisation économique appelle les questions fondamentales suivantes : compétences des régions ; règles de composition et de fonctionnement des assemblées et exécutifs régionaux ; ressources des régions ; relations avec le pouvoir central ; modalités de transfert aux pouvoirs régionaux et enfin concertation entre régions. La mise en place de la décentralisation économique doit avoir pour conséquence un meilleur gouvernement réel ressenti comme tel par la population, l’argument de base résidant dans la proximité géographique. Cela signifie qu’il existe une solution locale aux problèmes locaux et que celle-ci est nécessairement meilleure qu’une solution nationale. La diversité des situations africaines impose une diversité de solutions pour s’adapter aux conditions locales spécifiques. Cette politique favorisera un nouvel espace public africain devrait favoriser un nouveau contrat social afin de rendre moins coûteux et plus flexible le service public et génèrerait une nouvelle opinion publique, voire une nouvelle société civile. Le débat au sein de ces espaces permet l’émergence de thématiques communes, des modes de propositions communs et donc déterminerait des choix collectifs optimaux. Car une centralisation à outrance favorise un mode opératoire de gestion autoritaire des affaires publiques, une gouvernance par décrets, c’est-à-dire une gouvernance qui s’impose par la force et l’autorité loin des besoins réels des populations.
En conclusion, l’entrave principale au processus de tout développement provient de l’entropie qu’il s‘agit de dépasser impérativement, renvoyant pas seulement aux facteurs économiques mais également sociaux et politiques par une autre gouvernance et la valorisation du savoir pilier du développement du XXIème siècle, L’Afrique, j’en suis convaincu sera la locomotive de l’économie mondiale horizon 203O/2O5O expliquant les rivalités des grande puissances pour le contrôle des richesses du continent . Mais l’Afrique sera e que les Africains voudront qu’elle soit.
Dr Abderrahmane Mebtoul- Professeure des universités, expert international.
