Puces, cloud, IA : la Commission européenne présente un plan pour réduire les dépendances technologiques de l'UE

La Commission européenne a présenté, mercredi 3 juin, un nouveau paquet de mesures destiné à renforcer sa souveraineté technologique, dans un contexte où les enjeux numériques, économiques et géopolitiques sont de plus en plus liés.

Dès la présentation du texte, la notion même de souveraineté technologique a été précisée. Pour Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive chargée de la Souveraineté technologique, de la Sécurité et de la Démocratie, la souveraineté technologique "ne signifie pas protectionnisme". L'Union européenne, a-t-elle insisté, reste attachée "à des valeurs d'ouverture et de concurrence loyale". Mais Bruxelles veut aussi permettre à l'Europe de "faire ses propres choix sans dépendre de fournisseurs dominants".

Plusieurs leviers.

C'est tout l'enjeu du paquet "souveraineté technologique" présenté ce mercredi. Selon la Commission, l'Union est tributaire de fournisseurs non européens pour "plus de 80% de [ses] produits, services et infrastructures numériques". Une situation décrite comme "un problème majeur pour la sécurité d'approvisionnement" du continent et aux "lourdes conséquences économiques".

Le paquet adopté s'articule autour de trois objectifs principaux : accélérer l'adoption des nouvelles technologies et de l'intelligence artificielle, renforcer la résilience des chaînes d'approvisionnement et réduire certaines dépendances stratégiques. Pour y parvenir, deux propositions législatives sont mises sur la table : le Chips Act 2.0, consacré aux semi-conducteurs, et la loi sur le développement du cloud et de l'IA.

Ces deux textes sont complétés par une stratégie sur les logiciels libres et par une feuille de route stratégique pour la numérisation et l'IA dans le secteur de l'énergie.

Semi-conducteurs : une révision du Chips Act.

La révision du règlement sur les semi-conducteurs (Chips Act) vise à renforcer l'industrie européenne des semi-conducteurs. La Commission veut soutenir à la fois la conception et la production de puces avancées, mais aussi de puces plus courantes, indispensables à de nombreux secteurs industriels. 

L'enjeu est important. Les semi-conducteurs sont utilisés dans l'automobile, les télécommunications, les équipements médicaux, la défense, les objets connectés ou encore les centres de données. Ils sont aussi au cœur du développement de l'intelligence artificielle. Selon la Commission, le marché mondial des semi-conducteurs pourrait atteindre 1 370 milliards d'euros d'ici 2030, avec des composants liés à l'IA qui tireraient environ 70 % de cette croissance. 

Avec ce nouveau texte, Bruxelles veut prolonger le premier Chips Act, entré en vigueur en 2023. Celui-ci a contribué, selon la Commission, à mobiliser plus de 52 milliards d'euros d'investissements publics et privés dans le secteur. Le Chips Act 2.0 doit désormais aider l'Europe à mieux se positionner sur les technologies les plus stratégiques, tout en réduisant certaines vulnérabilités dans les chaînes d'approvisionnement.

Cloud et IA : tripler les capacités européennes.

La loi sur le développement du cloud et de l'IA constitue l'autre grand volet du paquet. Il s'inscrit dans le plan d'action européen visant à faire de l'Union un "continent de l'IA". Son objectif est notamment de tripler la capacité des centres de données en Europe au cours des cinq à sept prochaines années.

La proposition doit aussi faciliter l'installation de centres de données dans l'UE, tout en tenant compte des contraintes énergétiques et environnementales. Le texte doit également créer un cadre commun pour évaluer la souveraineté de l'UE dans les domaines du cloud et de l'intelligence artificielle, ainsi que renforcer la protection des données sensibles.

Logiciels libres.

La Commission européenne veut aussi s'appuyer davantage sur les logiciels libres. Alors que l'Europe compte environ 3 millions de contributeurs aux logiciels libres et plusieurs centaines d'entreprises spécialisées, certaines estimations évaluent à environ 264 milliards d'euros par an les dépenses européennes liées aux logiciels et services cloud fournis par des acteurs non européens. La Commission veut donc encourager le recours à l'open source dans plusieurs secteurs stratégiques.

L'objectif est de développer "les alternatives open source dans des domaines prioritaires tels que le cloud, l'IA, les technologies internet, la cybersécurité et les semi-conducteurs". Cette stratégie doit aussi encourager une utilisation accrue des logiciels libres dans les administrations publiques, notamment grâce à des lignes directrices pour les marchés publics et au partage de bonnes pratiques.

L'enjeu n'est pas seulement économique. Pour Bruxelles, les logiciels libres peuvent aussi contribuer à limiter certaines dépendances technologiques, en donnant davantage de maîtrise aux acteurs publics et privés sur les outils qu'ils utilisent.

Un nouveau cap pour l'IA et l'énergie.

La numérisation du secteur énergétique européen est un autre volet du paquet présenté par la Commission. L'objectif est double : utiliser les technologies numériques et l'intelligence artificielle pour mieux piloter le système énergétique, tout en anticipant la hausse de la demande d'électricité liée aux infrastructures numériques.

Cette question devient plus sensible avec le développement rapide des centres de données, nécessaires au cloud et à l'intelligence artificielle. Ces infrastructures consomment beaucoup d'énergie et doivent être raccordées efficacement aux réseaux électriques. La feuille de route présentée par la Commission vise donc à mieux coordonner les secteurs du numérique et de l'énergie.

Bruxelles veut notamment encourager l'intégration des centres de données dans le système énergétique européen. La Commission prévoit aussi de soutenir le déploiement de compteurs intelligents, présentés comme "essentiels pour donner aux consommateurs européens davantage de contrôle sur leur consommation d'énergie et, à terme, réduire leurs factures énergétiques".

Enfin, la feuille de route doit soutenir le développement de modèles d'IA conçus pour le secteur de l'énergie, entraînés sur des données européennes et développés par des entreprises du continent.

Pour accompagner ces initiatives et répondre à un déficit d'investissement critique dans le secteur numérique, la Commission a annoncé le lancement d'une consultation avec les États membres, le groupe BEI et les principaux acteurs financiers. Les deux propositions législatives devront ensuite être examinées et négociées par le Parlement européen et le Conseil avant une éventuelle adoption.