Les différents trafics dans la région sahélienne facteur de déstabilisation

Les tensions dans la région sahélienne préfigurent d’importantes reconfigurations géopolitiques et géoéconomiques mondiales entre 2026/2030, rendant urgent des stratégies d’adaptation. C’est que la région sahélienne connaît d’importants trafics qui alimentent le terrorisme facteur de déstabilisation, mais l’analyse de ces trafics pour une compréhension objective doit s’inscrire dans le cadre global du crime organisé.

1-Le fléau du crime organisé dépasse le cadre national, devant le relier aux réseaux internationaux où existent des liens dialectiques entre certains agents externes et internes. La lutte contre le crime organisé et la corruption, qui concerne tous les pays sans exception, n’est pas une question de lois ou de commissions, montrant clairement que les pratiques au niveau mondial contredisent le juridisme et les discours.  Il est illusoire de s’attaquer à ce fléau mondial sans une coordination tant mondiale que régionale  de  l’intégration de  la sphère informelle au niveau mondial et national, un des  facteurs de  la corruption et du crime organisé et ses liens avec le terrorisme (Pr Abderrahmane Mebtoul Institut français des relations internationales Paris, décembre 2013, les enjeux géostratégiques de la sphère informelle au Maghreb) et sans un système d’information fiable en temps réel utilisant les nouvelles technologies, dont l’intelligence artificielle qui a un impact à la fois sur la gestion du segment sécuritaire, des entreprises, des intuitions et de nos comportements. Selon les estimations internationales, le montant du crime organisé varierait entre 3 et 5% du PIB mondial, estimé en 2025 à 118.250 milliards de dollars ce qui donnerait un montant entre 3547 et 5912 milliards de dollars, soit plus que le PIB du continent Afrique, contre une estimation pour 2009 d’environ 600 milliards de dollars, les crises économiques amplifiant le trafic, issu du commerce illégal sous toutes ses formes.

2-Une importante enquête sur plus de 150 pays réalisée par d’éminents experts internationaux (juristes, économistes, politologues et experts militaires), parrainée par L'ONU se base sur douze indicateurs de résilience : leadership politique et gouvernance, transparence et responsabilité du gouvernement , coopération internationale, politiques et législations nationales, système judiciaire et détention, forces de l’ordre, intégrité territoriale, lutte contre le blanchiment d’argent, capacité de réglementation économique, soutien aux victimes et aux témoins, prévention et acteurs non étatiques. 

Cette étude arrive à six conclusions : 

1re conclusion : plus des trois quarts de la population mondiale vivent dans des pays où le taux de criminalité est élevé, ou dans des pays où le niveau de résilience face au crime organisé est faible.

2e conclusion : de tous les continents, c’est l’Asie qui enregistre les niveaux de criminalité les plus élevés.

3e conclusion : la traite des personnes est le marché criminel le plus répandu au monde.

4e conclusion : les démocraties présentent des niveaux de résilience face à la criminalité plus élevés.

5e conclusion : les acteurs étatiques constituent les principaux facilitateurs de ces pratiques occultes et obstacles à la résidence face au crime organisé (dont octroi opaque de l’octroi de marchés publics). 

6e conclusion : de nombreux pays en conflit et États fragiles sont très vulnérables face au crime organisé.

3-On recense sept niveaux de trafics qui concernent tout l’espace mondial et particulièrement le Sahel où dominent les relations économiques informelles :

Premièrement, le trafic de marchandises de tous genres.

Deuxièmement, le marché «noir» des armes et de leurs munitions, issu nécessairement du marché «blanc» puisque, rappelons-le, chaque arme est fabriquée dans une usine légale, une thématique qui permet de comprendre les volontés de puissance des divers acteurs géopolitiques à travers le monde. Tandis que le trafic de drogues est réprimé internationalement, le trafic d’armes est réglé par les Etats qui en font leurs bénéfices. La vente d’armes s’effectue régulièrement entre plusieurs partenaires privés et publics.

Troisièmement, le trafic de drogue. La montée en puissance du trafic de drogue au niveau de la région sahélienne implique toute l’Afrique où nous pouvons identifier les acteurs avec des implications géostratégiques où les narcotrafiquants créent de nouveaux marchés nationaux et régionaux pour acheminer leurs produits. Afin de sécuriser le transit de leurs marchandises, ces narcotrafiquants recourent à la protection que peuvent apporter, par leur parfaite connaissance du terrain, les groupes terroristes et les différentes dissidences, concourant ainsi à leur financement. 

Quatrièmement, la traite des êtres humains. C’est une activité criminelle internationale dans laquelle des hommes, des femmes et des enfants sont soumis à l’exploitation sexuelle ou à l’exploitation par le travail. Le trafic de migrants qui est une activité bien organisée dans laquelle des personnes sont déplacées dans le monde en utilisant des réseaux criminels, des groupes et des itinéraires. 

Cinquièmement, le trafic de ressources naturelles qui inclut la contrebande de matières premières, telles que les diamants et métaux rares (provenant souvent de zones de conflit) et la vente de médicaments frauduleux potentiellement mortels pour les consommateurs. 

Sixièmement, la cybercriminalité. Elle est liée à la révolution dans le domaine des systèmes d’information et peut déstabiliser tout un pays, tant sur le plan militaire, sécuritaire qu’économique. Il englobe plusieurs domaines exploitant notamment de plus en plus Internet pour dérober des données privées, accéder à des comptes bancaires et obtenir frauduleusement parfois des données stratégiques pour le pays. Le numérique a transformé à peu près tous les aspects de notre vie, notamment la notion de risque et la criminalité, de sorte que l’activité criminelle est plus efficace, moins risquée, plus rentable et plus facile que jamais. 

Septièmement, en synthèse le blanchiment d’argent. C’est un processus durant lequel l’argent gagné par un crime ou par un acte illégal est lavé. Il s’agit, en fait, de voiler l’origine de l’argent pour s’en servir légalement par la suite. Les multiples paradis fiscaux, des sociétés de clearing (aussi Offshore) permettent de cacher l’origine de l’argent.

En conclusion, l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) met en évidence l’impact de la corruption  constituant  la principale menace qui plane sur la bonne gouvernance, le développement économique durable, le processus démocratique avec des flux financiers illicites et la question des transferts nets de ressources : pots-de-vin, fraude fiscale, activités criminelles, transactions de certaines marchandises de contrebande et d’autres activités commerciales illicites à travers les frontières. Les conséquences directes et indirectes de ces flux financiers illicites sont des contraintes majeures pour la transformation de l’Afrique. La corruption de haut niveau, combinée aux risques et l’incertitude de l’économie nationale limitent la perspective d’une croissance plus inclusive. Plus généralement, les défis collectifs nouveaux, pour l’ensemble du monde et de l’Afrique sont une autre source de menace : ils concernent les cyber-attaques, les ressources hydriques, la pauvreté, les épidémies, l’environnement. Ils sont d’ordre local, régional et global. La criminalité transnationale organisée englobe pratiquement toutes les activités criminelles graves motivées par le profit qui revêtent un caractère international, impliquant plus d’un pays, existant nombre d’activités dont on peut dire qu’elles relèvent de la criminalité transnationale organisée. La criminalité transnationale organisée, prospérant grâce à la dominance de la sphère informelle (Etat de non-droit), menace la sécurité mondiale et le développement économique, social, culturel et politique. Étant à l’aube de la quatrième révolution économique mondiale fondée sur les nouvelles technologies et les défis de la transition numérique et énergétique dont les impacts du réchauffement climatique, la lutte contre toutes les formes de trafics condition de la stabilité du Sahel, interpelle, à la fois, tout le continent Afrique mais également toute la communauté internationale.

Dr Abderrahmane Mebtoul.

Le Dr Abderrahmane Mebtoul est Professeur des universités, expert international , été président de la commission transition énergétique des 5+5 Allemagne 2019/2021.